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Cliché ethnique, distance minimale

LosAngeles4Skin

Qui ? : Caïd d’un gang punk
Où ? : Venice Beach, L.A.
Quand ? : 2009
Pourquoi ? : Simple curiosité
Comment ? : Même pas peur

Tout dépendra de ce que je ressentirai au final comme la bonne distance, physique et affective. Je sais qu’elle est très variable. Trop loin, pas de contact, pas de sincérité, trop près c’est risqué ; l’intimité imposée peut déclencher un repli, de la fuite, ou pire, de l’agressivité. La foule des badauds sur la Board Walk de Venice Beach contourne très largement un gang d’une quinzaine de punks chicanos venus glander à la plage. Je m’approche jusqu’à remplir complètement le champ de vision de celui que j’identifie à l’instinct comme le boss. Je travaille au grand angle. L’idée m’effleure, mais trop tard, que j’aurais plutôt dû préserver une distance de fuite et travailler au télé. ! Nous nous jaugeons. Il a une position hiérarchique à faire respecter et je lui dois de reconnaître son leadership. Je ne ressens pas trop d’angoisse, de stress. Il se forme petit à petit un fragile équilibre entre acceptation et rejet ; je flirte avec cette indifférence à peine inquiète, ce désir primal de supériorité, un truc quasi animal. Je ne suis peut-être rien pour lui, juste un incident curieux qui n’entre pas dans sa conception du monde, dans ses codes. Heureusement l’espace autour de nous est largement ouvert, il ne risque pas de se sentir acculé, prisonnier. J’essaie de donner une dimension sécurisante à cette distance presque critique, comme un dompteur travaillant avec un grand fauve. L’objectif de mon appareil est loin d’être un fouet de dressage, c’est cependant l’unique symbole de mon identité alors que lui en est bardé. Je dois être inconscient du risque…mais c’est pour moi un moment de grande émotion. Je repense aujourd’hui à la séquence d’approche préalable à cette photo comme à un rituel. Un rituel indispensable afin d’envoyer des signaux nets et précis. Lui, par sa position, sa place dans le groupe, son regard, m’annonce la puissance qu’il s’attribue. Il sait qu’il en impose. Il n’y a aucune ambiguïté dans son statut de jeune mâle dominant, belle gueule, chef de gang à LA. Presque une impression de parade qu’il va maintenir jusqu’à ce que nous échangions trois mots. Je n’ai pas fait acte de soumission mais de respect ; je n’ai pas volé son image, il me l’a offerte. Plus avant, plus près, plus longtemps, plus en quête, que serait-il advenu ?

 

Extrait du livre “Trait pour traits” en préparation avec Nicolas Gouzy 

 

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